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Articles

Violoniste et compositrice : rencontre avec Élise Bertrand

L'Art Céleste , Odilon Redon, 1894 Septembre 2026. Comme j'y suis accoutumé depuis quelques années, je prends connaissance du programme de la nouvelle saison musicale au Grand Théâtre d'Angers. Hésitation entre plusieurs concerts. Je jette mon dévolu sur un récital violon et piano au contenu original sous nos lustres angevins : un arrangement du mouvement lent de la cinquième symphonie de Mahler (le mémorable et envoûtant thème musical choisi par Luchino Visconti dans son adaptation cinématographique de Mort à Venise ), Prokofiev, Schubert et... une œuvre contemporaine pour piano solo, dont la compositrice est également la violoniste de cette représentation. Élise Bertrand n'a que 26 ans, mais un chemin de vie déjà très riche sur le plan artistique : prix prestigieux, nommée aux Victoires de la Musique Classique en 2024 (catégorie Révélation soliste instrumental), albums, expérience de soliste, chambriste, concertiste, interprète avec des ensembles mondialement renommé...

Pastorale ionienne...

Septembre 2025. La rentrée pluvieuse tambourine sur mon emploi du temps chargé. En attendant de terminer ma prochaine composition orchestrale, je viens de publier une œuvre courte dans un format que j'affectionne particulièrement : l'étude pour instrument seul. Genèse Sa genèse répond à plusieurs petits défis et objectifs. Présentant des principes de musique dite "modale" (c'est-à-dire d'harmonie tout court !) à mes élèves, je me suis donné à moi-même un devoir de vacances illustratif. Le but était de mettre en lumière un mode à la fois surexploité sur le plan quantitatif et en même temps sous-estimé sur le plan qualitatif : le mode ionien. L'intuition commune étayée par la musicologie académique considère ce mode comme celui de la joie simple, de l'insouciance par excellence. À tel point que cette simplicité d'humeur rime fréquemment avec simplisme. Ainsi, le mode ionien est le plus souvent perçu comme harmoniquement univoque, tranché. À contrario...

Le basson et ses finesses : entretien avec Lola Descours

Le joueur de basson ,   Gérard Portielje, 1886 Automne 2023. Tandis que je termine de composer et d'enregistrer plusieurs instrumentaux, je réfléchis à des créations solistes qui mettraient en avant des timbres injustement méconnus ou boudés du grand public. En complément de ce travail personnel, je propose sur mon blog des interviews à ces interprètes pour lesquels j'ai une immense admiration, ceux qui précisément sont les hérauts, les gardiens de ces timbres indispensables à la coloration et à l'expression de certains sentiments, dans les effectifs orchestraux ou chambristes... Pour parler de l'instrument dont je joue, l'une des forces de la basse électrique est paradoxalement son absence de timbre typé : à l'instar de la guitare électrique, c'est un son que le musicien un peu bricoleur se plaît à personnaliser et moduler en changeant micros, cordes, amplificateurs, médiators ou techniques de main droite, racks d'effets numériques. Certes, les réglages...

Mon hommage à Quatrevingt-treize, l'ultime roman de Victor Hugo

Alors que l'automne s'installe abruptement, sapant les ciels bleus avec la détermination inexorable du jardinier qui sarcle les herbes, je termine de lire Le chien des Baskerville et ses inquiétantes descriptions de lande brumeuse. Halloween approche... Il y a un an, presque jour pour jour, je rendais hommage en musique à un autre ouvrage qui m'est cher et qui porte également une fragrance automnale : Quatrevingt-treize . Dernier roman de Victor Hugo, livre de maturité à mi-chemin de l'histoire de France et de la fiction, et énième ode à la mer, c'est quelque part une synthèse de toute une vie. Certains passages parviennent à concilier réalisme lyrique, grande puissance évocatrice, mysticisme et symbolisme. Comme ici, dans le quatrième chapitre du deuxième livre : "Une des caronades de la batterie, une pièce de vingt-quatre, s'était détachée. Ceci est le plus redoutable peut-être des évènements de mer. Rien de plus terrible ne peut arriver à un navire de gu...

À la découverte des plus belles voix instrumentales de l'ère baroque : entretien avec Étienne Mangot, violoncelliste et gambiste

Madame Henriette de France , Nattier, 1754 (Château de Versailles) Vendredi 4 août 2023. Un concert de musique baroque, en l'église Saint-Pierre du Crest de Montsoreau , donne le coup d'envoi de nos vacances. Des artistes de renom sont attendus pour ce nouveau volet des 28èmes Musicales de Montsoreau . Parmi eux, je connais déjà Mario Raskin et Hugo Reyne, pour les avoir entendus sur plusieurs disques. C'est aussi pour moi une soirée particulière : je fais découvrir à mon aimée plusieurs instruments de musique. Chacun a un timbre, une nature, et des techniques qui lui sont propres. Chacun a son histoire et a engendré une longue descendance. Et dans le contexte d'un répertoire baroque français, italien, et allemand, chacun se voit à tour de rôle assigner un rôle bien précis : soliste, concertiste, continuiste. À côté de la flûte à bec baroque, pas très éloignée de la flûte à bec moderne, ou encore du clavecin, ancêtre du piano, le public présent, intrigué, examine sous t...

Georges Brassens. Cinquième partie : entretien avec Laurent Astoul, auteur de la biographie de Pierre Nicolas "Dans l'ombre de Brassens" (2022)

Pierre Nicolas jouant La chasse aux papillons , 1965 (archives Ina) Lorsqu'on prête une oreille attentive aux enregistrements de Georges Brassens, des nuances se dévoilent et questionnent notre curiosité. L'alchimie des cordes (vocales et instrumentales) semble si évidente qu'on oublierait presque qu'un ou deux autres musiciens l'accompagnaient fidèlement, loyalement. D'un côté, Joël Favreau à la guitare soliste, très jazzy avec ses improvisations et ornements mélodiques. De l'autre, un "boum boum" caractéristique, celui de la contrebasse de Pierre Nicolas... Le plus souvent jouée en pizzicato, parfois aussi à l'archet (comme dans La non-demande en mariage et Les passantes ), je pressentais que la "grand-mère", surnom affectueux habituellement donné à cet instrument massif aux sonorités graves, était plus qu'un substitut de batterie ou qu'un enrobage tonal, dans la musique de Brassens. Je ne connaissais pas suffisamment bien...

Georges Brassens. Quatrième partie : ambitus vocal de ses chansons

Jeune homme dans un paysage (Le Guitarrero) , Gustave Courbet, 1844 (New York) Après avoir étudié la richesse harmonique et rythmique des morceaux de Georges Brassens, puis caractérisé ses concepts fondamentaux, j'ai souhaité prolonger ce travail analytique en m'intéressant aux exigences vocales de ses compositions. L'examen de l'ambitus (intervalle compris entre la note la plus basse et la note la plus haute) s'avère utile lorsqu'on choisit de faire une reprise. Dans certains cas, on doit simplement transposer le morceau dans une autre tonalité afin de le chanter ; dans d'autres cas, lorsque l'ambitus est vraiment trop grand pour notre voix, il est nécessaire de chanter telle note dans une octave différente. Concernant les chansons de Brassens, le style de la ligne mélodique se situe souvent à mi-chemin entre le chanter et le parler, ou bien correspond à un chant à volume modéré. Néanmoins, l'ambitus reste assez étendu. Dans notre étude, nous emploi...